Les Tambours du Bronx à Limoges

Le 18 Mars dernier, j’ai eu la chance d’assister à un concert des TAMBOURS DU BRONX à Limoges dans le cadre de la tournée « Corros ».

C’est la seconde fois que je les vois sur scène. La première, c’était en Août 2013 en plein air lors du festival « Destination Ailleurs » sur l’île de Vassivière (Haute-Vienne).

Etant donné l’énergie qu’ils dégagent (et les décibels !), mes oreilles étaient prévenues car, cette fois-ci, le concert a lieu dans la salle du centre culturel Jean Moulin.
Alors, cramponné à mes protections auditives, j’étais prêt à affronter les assauts métalliques de 16 percussionnistes armés de bidons de 200 litres et de mailloches grosses comme des troncs d’arbres !

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Les lumières s’éteignent et … bonne surprise : la première partie permet de découvrir le groupe ADDICTRIBAL.

Ce groupe créé en 2011 à Limoges (Haute-Vienne) réussit la performance de mélanger deux disciplines assez différentes et pourtant tellement complémentaires : une section rythmique composée de bidons métalliques et un groupe de rock. Au bout de quelques mesures, ils vous entrainent dans leur univers composé de rythmes tribaux, de riffs rock, voire métal et de textes en français.
Un show original complètement dans le ton et le tempo de la soirée. Une belle énergie communicative qui place habilement le public sur la rampe de lancement …

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Addictribal chauffe la salle ! Crédit photo : Addictribal

Maintenant que la salle est pleine, les roadies s’affairent sur la scène : démontage des installations de la première partie, mise en place des bidons impeccablement disposés en arc de cercle face aux spectateurs et approvisionnement d’une montagne de mailloches de rechange … ça va envoyer du lourd !

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Le calme avant la tempête – Crédit photo : FRedC

Corros Tour

Et, on s’en rend compte dès le début du show. Les percussionnistes entièrement vêtus de noir commencent à marteler les bidons à une cadence infernale. Ils sont accompagnés par un synthétiseur qui distribue des rythmes électro et des samples.

Il y a treize bidons sur scène auxquels viennent s’ajouter deux percussionnistes aux stands à samples, et un musicien pour la console électronique. L’arc de cercle des bidons est divisé en trois parties appelées « Bases », « Milieux » et « Rythmiques ».

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Le groupe pendant un spectacle – Crédit photo : Poz / Les Tambours du Bronx.

Un concert des TAMBOURS DU BRONX c’est avant tout de l’énergie. Et, il leur en faut énormément pour tenir un set de plus de quatre-vingt-dix minutes sans véritable pause.
Des preuves ? Les mailloches qui cassent et qui volent régulièrement à travers la scène. Les bidons qui se déforment au fil des morceaux.

C’est également une rythmique et une chorégraphie parfaites. En effet, la scénographie est précise. Les percussionnistes ne forment plus qu’une seule « machine vivante à 16 têtes » qui martèle des rythmes puissants et qui hypnotise le public.

Et, c’est une ambiance particulière : tantôt très basique et industrielle avec des morceaux totalement acoustiques, tantôt plutôt électro avec les samples du synthétiseur ou avec des sons électroniques déclenchés par les stands de tubes métalliques. L’ambiance change au fil du concert pour donner un spectacle très riche avec des jeux de lumières très étudiés.

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Sons et lumières – Crédit photo : FRedC

Au fil des morceaux, les musiciens « tombent » les tee-shirts et jouent torses nus.
A tour de rôles, ils s’affrontent ou s’accordent, ils s’unissent ou se confrontent. Ils changent de place, passent d’une section rythmique à une autre, ils créent des « battles » …
Ils donnent énormément tout au long du show et, quelques fois, ils semblent entrer en transe. Mais, ils restent en même temps très proches du public qui suit le tempo de cette musique énergique où se mêlent le rock, l’indus, la techno, le métal, la world music et l’afrobeat. On se laisse peu à peu prendre par ces rythmes entêtants et on se surprend à se trémousser.

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Energie ! – Crédit photo : Carolien Coenen

La set liste mélange des morceaux du dernier album « Corros » et des titres plus anciens qui défilent à un rythme soutenu. Après un rappel, LES TAMBOURS DU BRONX s’éclipsent peu à peu après avoir distribué quelques mailloches au public venu réclamer un souvenir de ce concert.

Alors, on reste encore un peu dans la salle. Les oreilles bourdonnent. Et, il faut un peu de temps pour reprendre ses esprits. On reste un moment abasourdis par autant de puissance et par les sonorités que ces musiciens parviennent à tirer d’un simple fût métallique : des sonorités graves, aiguës et même feutrées, le son métallique des bidons, le son des mailloches qui s’entrechoquent… tout un univers musical qu’il nous faut maintenant quitter.

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Communion avec le public – Crédit photo : Carolien Coenen

De Nevers à Rock in Rio…

LES TAMBOURS DU BRONX sont nés en 1987 dans la Nièvre.

Le nom de ce groupe de percussionnistes vient d’un quartier de la commune de Varennes-Vauzelles située à proximité de Nevers. Le « Bronx », c’est un quartier ouvrier. Il est surnommé ainsi à cause de son quadrillage de rues et de l’architecture grise des maisons d’habitation de la cité.
Et, la majeure partie de ces ouvriers travaillent alors dans les ateliers de la SNCF. Des ateliers qui « fourniront » les premiers bidons du groupe.

Leur première prestation ne devait être qu’un événement unique dans le cadre du festival « Nevers à l’aube ». Mais, depuis ce jour, ils se sont produits dans le monde entier et ils ont multipliés les collaborations.

En 1989, ils sont révélés au grand public par Jean-Paul GOUDE. Ce dernier a l’idée géniale de les intégrer au défilé sur les Champs Elysées mis en scène pour le bicentenaire de la Révolution Française.

En 1992, LES TAMBOURS DU BRONX participent pour la première fois au festival de Roskilde au Danemark. Ils y reviennent en 1995 et ouvrent le concert de Jimmy PAGE et Robert PLANT.

Depuis 1997, LES TAMBOURS DU BRONX sont à l’origine du générique de « La semaine des Guignols » sur Canal+.

En 2000, ils assurent la première partie du concert de Johnny HALLIDAY à l’occasion du centenaire de la Tour Eiffel. Puis, ils enchaînent avec une grande tournée de six semaines à travers les Etats Unis.

En 2005, ils participent au Sziget Festival à Budapest (Hongrie) et jouent en première partie de KORN.

Puis, ils jouent au Stade de France en 2006 à l’occasion d’un match de rugby du Stade Français.

En 2007, ils collaborent avec trente musiciens classiques de l’orchestre du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse et jouent au Zénith de Paris.

Cette même année, LES TAMBOURS DU BRONX rencontrent le groupe de métal brésilien SEPULTURA au cours du festival Léz’Arts Scéniques à Sélestat en Alsace.

Ils collaborent avec Jaz COLEMAN, le chanteur du groupe KILLING JOKE et créent trois titres avec lui en 2008 (on retrouve d’ailleurs la voix de Jaz COLEMAN sur le titre « Human Smile » de l’album « Corros »).

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Sous l’oeil du rhino – Crédit photo : Carolien Coenen

En 2009, le festival Les Vieilles Charrues est témoin d’une étonnante prestation des TAMBOURS DU BRONX. Ils mêlent alors leurs percussions aux chants traditionnels bretons des Frères MORVAN.

En 2011, ils composent la bande originale du film « L’Ordre et la Morale » de Mathieu KASSOVITZ.

Leur projet de collaboration avec SEPULTURA aboutit cette même année avec le morceau « Structure Violence » qui figure sur « Kairos », le douzième album du groupe brésilien. Après avoir cosigné ce morceau, les deux groupes se produisent ensemble lors du festival Rock In Rio au Brésil.

Les deux groupes remontent ensemble sur scène en 2012 (à l’occasion des festivals Rock In Rio à Lisbonne et Wacken Open Air en Allemagne) et, en septembre 2013 pour le Rock In Rio, au Brésil (sur la même scène que METALLICA et ALICE IN CHAINS).

Ensuite, ils participent à nouveau au Sziget Festival à Budapest en 2013 en ouverture du concert de David GUETTA.

Nouvelle rencontre avec SEPULTURA en Septembre 2014 lors d’un concert à Times Square (New York).

En 2015, ils sortent leur septième album studio intitulé « Corros ». C’est un double album qui présente une face électro et une face acoustique (à noter la présence d’Andreas KISSER, guitariste de SEPULTURA sur le titre « Kaïowas »).

Ainsi, tout au long de ce formidable parcours, la performance du groupe s’est développée et étoffée au fil des rencontres, des influences et des expérimentations.

Cette évolution et ces différentes associations ont laissé des traces musicales. Elles font aujourd’hui des TAMBOURS DU BRONX une des références internationales en matière de percussions expérimentales et de musique urbaine et industrielle.

Des bidons et des mailloches…

Depuis leurs débuts, LES TAMBOURS DU BRONX utilisent des bidons de 225 litres de type « Monostress ». Ce modèle a été choisi pour sa résonance et sa souplesse. Les bidons sont reçus bruts et ils sont ensuite décorés par LES TAMBOURS DU BRONX. Un bidon fait deux concerts (un par face) et, il est donné au public à la fin du second concert.

Depuis 2008, ces bidons ne répondent plus aux normes européennes. Ainsi, ils sont devenus introuvables. LES TAMBOURS DU BRONX utilisent désormais des bidons de type « Monocorps », un peu plus épais que le modèle précédent.

Les mailloches utilisées sont en hêtre. Elles mesurent 40 cm de long, pour 3 cm de diamètre. Un percussionniste en casse environ trois paires par concert. Lors de la création du groupe, les mailloches étaient obtenues en sciant des manches de pioche du commerce. Désormais, elles sont  livrées par palettes directement aux bonnes dimensions.

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Des bidons et des mailloches – Crédit photo : Carolien Coenen

A l’origine des TAMBOURS DU BRONX, les concerts étaient uniquement acoustiques, avec un effectif pouvant atteindre 28 personnes sur scène.

L’utilisation de sons électroniques est arrivée au milieu des années 1990.

Le set change tous les trois ou quatre ans. C’est le temps nécessaire à la création d’un nouveau spectacle.

Et, les morceaux sont écrits par les percussionnistes eux-mêmes qui ont par ailleurs fait le choix de l’autoproduction.

Citations…

« On a tout de suite considéré le bidon comme un instrument à percussions. C’est un instrument à part entière, c’est comparable à rien d’autres, il faut plusieurs années de pratiques pour être à l’aise derrière un bidon. »

Poz, Les Tambours du Bronx – Interview / poencorne.com / 10/03/2015.

 

« Notre spectacle est le même, qu’on joue en Chine ou à Montluçon. Au début, les gens qui ne connaissent pas trop se demandent ce qui se passe, et puis, à chaque fois il y a ce petit déclic au bout d’un quart d’heure et après ça fonctionne. C’est sympa de faire des gros festivals, mais on aime bien aussi les petites salles de 1000 ou 2000 personnes, c’est plus intimiste, les gens sont juste à côté de toi, t’as pas les mêmes sensations. »

Thierry, Les Tambours du Bronx –  « Les Tambours du Bronx réveillent le Sziget » – Interview / La Grosse Radio / 01/10/2013.

 

 « Aux débuts du groupe, il n’y avait que des bidons, et puis un peu après il y a eu deux chemins différents envisagés : certains ont voulu faire de la musique de rue, d’autres ont souhaité faire un vrai show avec des lumières, intégrer d’autres sons… C’est finalement parti de ce côté-là […] On a cependant toujours voulu conserver le dynamisme de la scène, et tout est toujours joué en live, […]on a gardé l’énergie du bidon ! On travaille comme un groupe de rock, on crée nos morceaux suivant les inspirations du moment avec les gens qui arrivent dans le groupe. »

Thierry, Les Tambours du Bronx –  « Les Tambours du Bronx réveillent le Sziget » – Interview / La Grosse Radio / 01/10/2013.

Discographie

  • Ca sonne pas beau un bidon ? – 1989 – Label : FNAC Music. Corros poster77543_1433325409
  • Monostress 225 L – 1992 – Label : FNAC Music.
  • Grandmix– 1993 – Label : FNAC MusicCet album immortalise la collaboration entre Les Tambours Du Bronx et l’Orchestre Philharmonique des Pays de Loire, ainsi que l’ensemble des voix bulgares « Trakia ».
  • Silence – Novembre 1999 – Label : Naïve.
  • Live USA Tour– Octobre 2001 – Label : Naïve. Live enregistré en partie lors de la tournée réalisée en 2000 aux Etats Unis.
  • Stéréostress – Avril 2003 – Label : Naïve. Album réalisé en collaboration avec des artistes tels Al Comet, Senior Coconut, La Phase, Re_org …
  • Stéréostress LPNovembre 2003 – Label : Auvidis. Maxi vinyl tiré des remixes de Stéréostress avec 4 titres inédits.
  • Live at Clermont-Ferrand DVD – Mars 2006 – Label : Naïve. Live enregistré à la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand en mars 2005. Premier concert filmé des Tambours du Bronx.
  • Live at Clermont-Ferrand – Novembre 2006 – Label : Naïve. Live enregistré à la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand en mars 2005.
  • MMIX – Octobre 2009 – Label : At(h)ome. 10 ans après le dernier album studio, un album aux sonorités électroniques et à la production particulièrement soignée.
  • Fukushima Mon Amour – Octobre 2011 – Label : At(H)Ome. Double coffret, comprenant un DVD et un CD live. DVD à mi-chemin entre le live, le clip et le documentaire à l’occasion des 25 ans des Tambours du Bronx. Live enregistré au Phare de Tournefeuille (Toulouse).
  • Metal Veins – Alive at Rock In Rio – Septembre 2014 – Label : Be Music Group. Live enregistré à l’occasion du festival Rock In Rio 2013 où les Tambours du Bronx accompagnent le groupe de métal brésilien Sepultura.
  • Corros – Mars 2015 – Label : At(h)ome.
  • Nevers Live – Décembre 2015 – Label : At(h)ome. Live enregistré les 10 et 11 Octobre 2015 à la Maison de la Culture de Nevers et de la Nièvre.

Sources pour cet article :

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Source : Addictribal

Crédit photos pour cet article :

  • Le calme avant la tempête… / Son et lumière… : Ces photos ont été prises par FRedC le 18/03/2016 – Centre culturel Jean Moulin à Limoges (87).
  • Energie ! / Communion avec le public / Sous l’œil du rhino… / Des bidons et des mailloches : Ces photos ont été prises par Carolien Coenen le 10/07/2015, certains droits réservés. Elles font parties de l’album « Les Tambours du Bronx – Openingsavond Het Groot Verlof 2015 » disponible sur Flickr et elles sont sous la licence Creative Commons Attribution – Non Commercial – No Derivs 2.0 Generic
  • Addictribal chauffe la salle ! : Photo prise par ADDISTRIBAL le 18/03/2016 – Centre culturel Jean Moulin à Limoges (87).