tony allen derrière la batterie

Je ne suis pas particulièrement fan de jazz. Mais, lorsque je suis tombé un peu par hasard sur ce concert de Tony ALLEN, j’ai fait une pause et j’ai pris le temps d’apprécier ce moment.

Tony Allen : Tribute to Art Blackey

Le concert en question c’est « Tony Allen au festival Sons d’hiver 2016 ». Il a été diffusé fin Février sur Culturebox, la plate-forme numérique de France Télévision consacrée à la culture.

Ce concert n’étant plus disponible en replay, vous pouvez découvrir cette autre prestation de Tony ALLEN au cours du festival Jazz à La Villette 2017 (Edit du 15/10/2017).

Après un petit moment de surprise, je suis tombé sous le charme de ce monsieur aux grosses lunettes noires installé derrière la batterie. Quelle décontraction ! Mais, en même temps, quelle précision, quel sens du rythme et de la relance ! Le jeu sur les cymbales est impressionnant, les accents sur les toms tellement précis. Aucun mouvement superflu, tout est maîtrisé et il oriente simplement le jeu de toute la formation sur scène.

Quel bel exemple de maîtrise et de sobriété !

Alors, j’ai voulu en savoir un peu plus sur la « légende » Tony ALLEN, 75 ans, qui présente ici le projet « Tribute to Art Blackey ».

Oslo Jazz festival 2015

Tony Allen pendant le « Oslo Jazz Festival 2015 » – Crédit photo : Tore Sætre / Wikimedia

De Koola Lobitos à Afrika 70

Tony ALLEN est né à Lagos au Nigéria en 1940.
Alors qu’il travaille comme technicien radio, il apprend la batterie en autodidacte en écoutant des disques de jazz. Il est surtout influencé par le jeu de batteurs comme Art BLACKEY et Max ROACH.

Ainsi, il commence sa carrière de musicien professionnel en 1960 en jouant dans plusieurs orchestres de « highlife », style musical très populaire en Afrique de l’Ouest. C’est un style hybride où se rencontrent les cultures africaines et occidentales et où se mélangent les influences des fanfares occidentales, des rythmes africains, des big bands américains et de styles caraïbes comme le calypso.

Puis, en 1964, Il rencontre Fela KUTI qui recherche un batteur de jazz. Cet artiste nigérian est à la fois chanteur, musicien et chef d’orchestre. Il est par ailleurs très engagé contre la corruption, la dictature et le pouvoir des multinationales dans son pays.

FELA forme le groupe ensuite KOOLA LOBITOS en 1965 et développe une musique qui mélange highlife et jazz.
En 1969, le groupe fait une longue tournée aux Etats-Unis. Alors que les mouvements des droits civiques et du Black Power sont en plein essor, les deux jeunes nigérians découvrent les idées politiques et les revendications des afro-américains.
L’album enregistré à l’occasion de cette tournée montre la naissance de l’Afrobeat : un groove entêtant, des textes engagés et un mélange entre les rythmes traditionnels africains et la puissance électrique des musiques modernes.

De retour au Nigéria, FELA rebaptise son groupe NIGERIA 70 puis AFRIKA 70. En compagnie de Tony ALLEN, il développe leur mouvement musical : la soul et le funk de James BROWN, le rock de Jimy HENDRIX, les ingrédients des formations de Miles DAVIS et John COLTRANE viennent désormais enrichir la musique du groupe et se mélangent aux influences de la musique traditionnelle africaine, au highlife et au jazz.

De 1968 à 1979, Tony ALLEN est non seulement le batteur mais aussi le directeur artistique du groupe de Fela KUTI.

En 1975, il enregistre son premier disque sous son nom et avec le groupe AFRIKA 70 : « Jealousy ».

Eurochéennes 2007

Tony Allen aux Eurockéennes 2007 – Crédit photo : Rama

De fructueuses collaborations

Mais, après 36 albums, il quitte la formation parce qu’il est lassé de se répéter et qu’il souhaite explorer d’autres horizons musicaux. Par ailleurs, des tensions apparaissent avec FELA qu’il trouve trop radicalisé politiquement.

Il forme alors TONY ALLEN & THE AFRO MESSENGERS puis il dirige le groupe THE MIGHTY IROKOS de 1981 à 1983 au Nigéria.

Tony ALLEN part ensuite vivre à Londres en 1984. Il s’installe finalement à Paris avec sa famille en 1985 (il est d’ailleurs naturalisé français en 1988). A cette époque, il accompagne en tournée la star nigériane KING SUNNY ADE.

Pendant les années 90, il participe à de nombreux enregistrements en studio avec Randy WESTON, AIR, Charlotte GAINSBOURG, Manu DIBANGO et Grace JONES notamment.

Après la mort de Fela KUTI en 1997, il est désormais le seul porte-parole de l’afrobeat qui connaît à cette époque un regain d’intérêt aux Etats Unis et en Europe.

Il publie alors plus fréquemment des albums sous son nom, il enregistre avec des artistes du mouvement techno et électro dont Sébastien TELLIER (« La Ritournelle ») et il entame en 2007 une collaboration avec le chanteur anglais Damon ALBAN (BLUR et GORILLAZ).

Avec ce dernier, il fait alors partie du groupe THE GOOD, THE BAD AND THE QUEEN qui comprend également Paul SIMONON (THE CLASH) et Simon TONG (THE VERVE).

Six ans plus tard, il poursuit sa collaboration avec Damon ALBAN et, avec FLEA, le bassiste des RED HOT CHILI PEPPERS, il constitue le super groupe ROCKET JUICE AND THE MOON.

A 74 ans, Tony ALLEN publie son dixième album solo : « Film of Life ».

Film of life

Pochette de l’album « Film of Life »

Le batteur inventeur de l’afrobeat

Alors, il semble difficile de résumer la longue carrière de Tony ALLEN sous l’intitulé : « Le batteur inventeur de l’afrobeat ».

En effet, depuis ses débuts, Tony ALLEN a toujours voulu expérimenter. Sa carrière est ainsi marquée par la curiosité, par la volonté de se renouveler et de se perfectionner en recherchant sans cesse de nouvelles sonorités. Son ouverture d’esprit l’a également conduit à collaborer avec des artistes venant de tous les horizons musicaux.
Par ailleurs, aucun batteur n’a réussi à incarner mieux que lui la vitalité des rythmes africains et l’envie de les soumettre aux expériences et aux mixages les plus modernes.

Ainsi, grâce à Tony ALLEN, les rythmes africains se sont mis à changer la pop occidentale. En effet, il a peu à peu réussi à imposer leur vitalité et il les a modernisés au cours de mixages et d’expériences les plus modernes. Ces échanges ont alors permis d’enrichir à la fois le paysage musical africain et les rythmes occidentaux.

Dans le même temps, son jeu unique n’a jamais cessé d’évoluer.
Initialement inspiré autant par ses racines africaines que par les maîtres du rythme comme Kenny CLARKE, Max ROACH ou Art BLACKEY, son style polyrythmique si particulier a évolué vers un mélange hybride de jazz, de hip-hop mais également d’électro.

Tony Allen à Rio

Affiche pour un concert de Tony Allen à Rio – Alvaro Tapia

Ils parlent de Tony Allen

Pour conclure, quelques citations à propos de Tony ALLEN :

« Tony possède un toucher unique. On pourrait dire qu’il joue le même pattern en permanence de manière très douce, comme un flot continu, la caisse claire rarement placée sur le 2 et le 4, voire jamais. Son volume sonore est constant (un rêve d’ingénieur du son). Dans une forêt de ghost notes, il marque les accents de la musique sans déranger le moins du monde le groove qui rythme nos hanches. »
Christophe DESCHAMPS sur son site internet www.christphedeschamps.com.

« Sans Tony Allen, il n’y aurait pas d’afrobeat. »
Fela KUTI – Citation parue dans un article de The Independant – 18 Janvier 2008.

« Peut-être le plus grand batteur qui ait jamais vécu. »
Brian ENO, musicien, arrangeur et producteur – Citation parue dans un article d’All About Jazz – 24 Décembre 2007.

Discographie de Tony ALLEN (en tant que leader) :

  • 2014 : Film of Life (Jazz Village).
  • 2009 : Secret Agent (World Circuit Records).
  • 2006 : Lagos No Shaking (Honest Jon’s Records).
  • 2004 : Tony Allen Live (Comet Records).
  • 2002 : Homecooking (Comet Records).
  • 1999 : Black Voices (Comet Records).
  • 1988 : NEPA – Never Expect Power Always (Wrasse Records).
  • 1980 : No Discrimination (Strut).
  • 1979 : No Accomodation For Lagos (Polydor).
  • 1977 : Progress (Coconut).
  • 1975 : Jealousy (Soundworkshop Records).

Sources pour cet article :

A lire également l’autobiographie : « Tony ALLEN : an autobiography of the master drummer of afrobeat » chez DUKE UNIVERSITY PRESS. Cette biographie n’est malheureusement pas encore traduite en français.

Et le site officiel : http://www.tonyallenafrobeat.com

Master Drummer of Afrobeat

Couverture de l’autobiographie de Tony Allen

Crédits photos pour cet article :